Partager l'article ! Communiqué de presse du 16 décembre relatif à l'avenir du groupe Areva: L’Etat vient d’annoncer l’augmentation de capital du groupe Arev ...
L’Etat vient d’annoncer l’augmentation de capital du groupe Areva leader mondial du nucléaire, via l’entrée du Koweit à hauteur de 600 millions et l’augmentation de la participation de l’Etat français à hauteur de 300 millions.
Cette augmentation de capital intervient neuf ans après que l’Etat en avait accepté le principe. Ce choix remonte en effet à 2001, année ou Lionel Jospin, alors premier ministre et Laurent Fabius ministre des Finances, avaient validé cette option.
Depuis, les gouvernements successifs ont longuement tergiversé pour au final revenir à l’ option initiale. Plusieurs investisseurs privés comme publics avaient en effet été pressentis pour entrer au capital du groupe avant d’être écartés. Ainsi le japonais Mitsubishi a semblé un temps bénéficier des faveurs de l’Etat français. Puis ce fut le fonds souverain Qatari, alors même que ses exigences étaient contraires aux intérêts, non seulement du groupe Areva mais aussi de l’ensemble de notre pays, puisqu’elles étaient de nature à fragiliser notre approvisionnement en minerai et donc notre indépendance énergétique.
De la même façon, et alors même que la réflexion était entamée sur l’ouverture du capital, certains grands acteurs nationaux du marché de l’énergie ont voulu remettre en cause le modèle intégré du groupe Areva. Dans ce cas, ce n’était plus l’amont du cycle –les mines- mais l’aval –la construction de réacteurs- qui était visée, pour ne pas dire convoitée.
Si cette page semble tournée, la vente forcée de la branche Transmission et Distribution T and D l’an passé, alors qu’elle représentait 40% des effectifs du groupe, rappelle cependant que les volontés de démantèlement sont à l’œuvre et qu’elles peuvent refaire surface à tout moment. Il convient donc de rester extrêmement vigilant à cet égard.
Il en va de même du risque persistant de privatisation du groupe. Cette augmentation de capital ne doit pas être le prélude à une large ouverture qui reviendrait à privatiser progressivement Areva. Il est important de rappeler que dans le domaine de l’énergie nucléaire, plus encore qu’ailleurs, la prévalence de l’actionnaire public est une garantie nécessaire, tant contre les risques qui peuvent peser sur l’approvisionnement d’un pays qu’en matière de sécurité des exploitations.
Le maintien dans le giron de l’Etat est, pour ces mêmes raisons, l’une des exigences des salariés qui ont fait de cette entreprise un leader mondial.
Les récents succès commerciaux d’Areva sur les marchés étrangers ont démontré que les stratégies successives, industrielles ou financières, visant à faire éclater le groupe étaient toutes vouées à l’échec parce que dictées par des intérêts extérieurs. Elles n’auraient eu pour principal effet que de l’affaiblir sur les marchés internationaux et fragiliser la position de la France sur un secteur d’avenir qu’elle continue de dominer.
Ces revirements successifs et autres tentatives d’affaiblissement ou de prise de pouvoir ne peuvent que nous interroger sur la réalité de la stratégie industrielle du gouvernement français. Bien qu’Areva constitue l’un de nos fleurons internationaux, malgré son poids dans la balance extérieure et les milliers d’emplois qu’il représente et continue de créer, l’Etat a, pendant plusieurs années, joué les apprentis sorciers conjuguant amitiés personnelles et analyses tronquées.
Si l’épisode se clôt aujourd’hui sans dommages irréparables, on ne le doit qu’à la solidité du groupe ainsi qu’ à la résistance de ses salariés qui ont perçu, notamment au moment où le risque de démantèlement était bien réel, la nécessité de s’y opposer avec force.
A l’heure du bilan, cette opération a révélé un Gouvernement incapable de garder son indépendance face aux lobbies, prisonnier d’ intérêts particuliers et de ce fait privé de vision et de projet à long terme en matière de politique industrielle.
Dans ces circonstances, le renforcement du groupe doit lui permettre de conduire sa stratégie industrielle et non d’ouvrir la voie à une privatisation sans stratégie.